Ahmed Boumaaza. Expert international en management stratégique et management des organisations : « Aucun changement ne se fera sans modification du système de gouvernance »

-On parle actuellement de réformes dans tous les domaines, qu’en pensez-vous ?

La volonté de mieux gérer un pays conduit à une série de questions, quant aux méthodes et outils mis en œuvre pour y parvenir, il y a lieu à cet effet de sadapter à l’esprit de « Qualité » qui est aujourd’hui un impératif que ne saurait ignorer un pays qui se doit de garantir sa pérennité et assurer son trajet vers « l’excellence » en reculant sans cesse ses performances. Cette situation s’adapte parfaitement à notre pays qui est depuis ces dernières années dans un cycle de profondes structurelles affectant son modèle de gestion économique et sociale ainsi que la nature même de son régime politique. Mais parce qu’elle s’opère dans un contexte de crise, la refondation devra nécessairement passer par une réforme des institutions de l’État qu’il faudra restaurer et réhabiliter parce que tous les changements proposés, jusqu’à présent, n’ont été que des palliatifs qui ont tous été rétégés.

La solution réside aujourd’hui dans la mise en place d’une nouvelle stratégie d’administration, adaptée aux nouvelles exigences économiques, politiques et sociales en phase avec le troisième millénaire. Il s’agit de lancer la dynamique grandiose de la construction d’une Algérie nouvelle, un État fort et vraisemblablement ayant pour ambition le développement d’une véritable culture démocratique, la promotion des droits de l’homme, une économie nationale dynamique productrice de richesses et de valeur ajoutée, une justice indépendante au service exclusif du droit et du citoyen et enfin une administration « affranchie » de sa bureaucratie, rationnelle dans sa gestion et à l’écoute des préoccupations du citoyen.

-Il y a aussi une énième restructuration du tissu industriel public : des holdings qui deviennent SGP puis transformées en groupe économique… et on n’en finit pas encore ! Les entreprises publiques ont toujours manqué de stabilité. A quoi cela est-il dû ?

La désarticulation avancée de notre industrie ou de ce qu’il en reste peine à mettre en place une stratégie efficace. En effet, l’industrie manufacturière sans hydrocarbures ne représente plus que 4% du produit intérieur brut (PIB) contre plus de 30% à la fin des années 1980. Pourtant, cela fait plus de trente ans que la nécessité de diversifier notre économie is affiche comme un objectif à attenirée par tous les gouvernements qui se sont succédés et qui ont tâtonné durant des deciennes. Nous sommes passés alors de la gestion socialiste des entreprises durant les années 1970/1980, à l’administration de l’entreprise par secteur, puis à l’autonomie des entreprises (fonds de participation, holding, société de gestion SGP, groupement industriel. .. ) placées sous la houlette des injonctions intempestives du politique et d’un conseil d’administration composé de personnes très souvent incompétentes placées à la tête des directeurs de ces groupements industriels. Ils géraient sans contrat d’objectif, sans indicateurs de croissance ni de rentatité économiques, ces soi-disant managers ayant cumulé année après année les bilans déficitaires sur mis les entreprises dans une situation de liquidation et qui non continué à exister que grâce à l’ intervention de l’Etat qui épongeait les déficits en procédant à des assainissements financiers successifs.

Cette instabilité chronique était due très souvent à des choix aléatoires en termes de gestion et avait mis le pays dans une situation de solvabilité vis-à-vis de nos partenaires étrangers. Gardons en souvenir le Plan d’ajustement structurel (PAS) que nous avions imposé le FMI en 1990, ce management intuitif aussi disloqué totalement des secteurs entiers, à l’image du BTPH qui a été complètement mis à plat par manque de vision, la gestion de ces entreprises désignées à des architectes et ingénieurs, des gens peuvent-être bons dans leur métier, mais qui n’avaient aucune connaissance dans les sciences de gestion. Cette manière de faire provoqua la faillite de pratiquement toute l’industrie du bâtiment.

Cette situation d’échec fut la même pour pratiquement l’ensemble des autres secteurs. En effet, tous ont été gérés de manière harsardeuse selon un modèle de gouvernance autoritaire, qui a fini par mettre le pays à noux, alors que les ressources du pays étaient en considérables et faaisant rêver les plus grandes nations qui sont restées perplexes face à cet énorme gâchis, dont nous sommes rendus coupables. Pourtant, les incitations économiques n’ont pas manqué de donner plus de force à la relance et d’apporter un début de solution à la grave crise de gouvernance.

-Qu’en est-il du code de l’investissement ?

Le contexte actuel de la mondialisation apporte de nombreux pays en développement, émergents, voire en voie d’émergence à conduire de vastes mouvements de réformes administratives afin de répondre efficacement aux exigences de cette mouvance qui ne s’arrêtera pas. Dans ce contexte, le gouvernement algérien s’est engagé dans la mise en œuvre effective d’un nouveau code des investissements aligné sur les normes internationales et d’un plan de modernisation de l’administration des services publics. C’est maintenant fait. Mais ce projet ambitieux doit s’accompagner d’approches innovantes, notamment la mise en place de dispositifs et d’outils modernes en matière de gestion, de pilotage, d’audit et de contrôle des finances publiques. Cette démarche aura aussi pour objectif de créer les conditions de transparence du système fiscal du pays, mais il faut noter qu’aucun changement ne viendra sans modification radicale du système de gouvernance qui paralysé l’initiative et reproduit les mêmes d’échec depuis au moins quarante années.

-Après une longue période de disette, l’embellie financier est là. Que suggérer-vous ?

J’espère que l’on va profiter de l’embellie financier pour relancer le processus de développement tant attendu dans le cadre d’une véritable cartographie de partenariat winner-winner avec les pays frères/et amis. Parmi les axes de changement dans la révision du mode de gouvernance à mettre en place progressivement l’élément économique, nous suggérons un programme de mise à niveau articulé autour d’un certain nombre de pôles de développement économique :

– Le pôle de l’agriculture : la création de l’Office de développement de l’agriculture saharienne (ODAS) par la mise en valeur d’un million d’hectares afin d’assurer la sécurité alimentaire est une décision importante.

– Le pôle minier : la politique d’exploitation des richesses minérales du pays est une décision très judicieuse dans la mesure où cette cellule démontrera de nouveaux relais de croissance hors rente pétrolière avec les perspectives de bouchés industriels à grande valeur ajoutée.

– Le pôle industriel, parmi les nombreux enjeux de la diversification de l’économie : réorienter les ressources vers le secteur des PME/PMI véritable créateur de richesse avec plus d’emplois, plus d’investissements, plus de marchés à l’export et plus de croissance.

– Généraliser le numérique dans les administrations.
– Tirer de vrais profits économiques de nos représentations diplomatiques.
– Miser sur le développement local.

Propos recueilis par Mohamed Benzerga

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