Algérie : la famille d’Hakim Debbazi porte plainte contre l’Etat

Suite au décès en prison du militant pro-Hirak et antisystème Hakim Debbazi dans des circonstances mystérieuses, la famille de la victime a annoncé mercredi avoir porté plainte contre l’Etat algérien. L’affaire Hakim Debbazi avait choqué toute l’Algérie qui avait déjà vu une nouvelle démonstration de la déviation autoritaire du régime militaire.

Hakim Debbazi, 55 ans, est décédé le 24 avril en prison, à moins que les raisons de sa mort ne soient clairement établies. Le gouvernement algérien s’est replié sur le silence, cherchant activement à minimiser la mort de ce militant pro-Hirak, en “détention provisoire” sans l’ombre d’un procès.

La famille de la victime a donc décidé de porter plainte contre l’Etat algérien pour “homicide involontaire” et “non-assistance à personne en danger”, ont annoncé ses avocats.

Le quinquagénaire père de 3 enfants, avait été arrêté en février, pour publications sur Facebook parmi lesquels il a soutenu le Hirak, le mouvement apolitique populaire de tout un peuple qui avait précédé la chute de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika mais qui a par la suite favorisé la montée en puissance d’un autre jeune militaire candidat, Abdelmadjid Tebboune, pour le remplacer.

La tante du défenseur, l’avocate Héloïse Sadeg, qui a porté plainte au tribunal de Sidi Mhamed à Alger, réclame “un milliard d’euros de réparations” pour la famille de Hakim Debbazi.

Hakim Debbazi a été « retrouvé mort dans des circonstances difficiles à la prison de Koléa », près d’Alger, a indiqué la défense de l’ancien détenu dans un communiqué.

“Le directeur de la prison de Koléa, le directeur général des prisons, le magistrat, le ministre de la justice et l’Etat algérien” sont tous “responsables de ce drame national qui a englouti l’Algérie tout au long du mois de ramadan” pour l’avocat de la victime et tante, Tarek Mektoub, l’un des avocats de la famille, a déclaré dans un communiqué à l’AFP.

“Tout le monde est concerné par la plainte, y compris le juge d’instruction qui l’a arrêté”, a déclaré Me Mektoub. Militants, chefs de partis, organisations de défense des droits de l’homme n’ont pas manqué de dénoncer la mort d’Hakim Debbazi qui a entièrement quitté l’Algérie.

La Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH) a indiqué qu’une demande de libération conditionnelle de Debbazi avait été introduite il y a quelques semaines. “Déjà en bonne santé”a été rejetée par le tribunal.

Tous avaient affirmé que la lumière était faite sur les circonstances qui ont conduit à la mort du militant, mais aussi sur son arrestation provisoire abusive. S’il a été arrêté pour avoir publié des publications pro-Hirak sur Facebook, il avait tout de même 91 amis sur sa liste.

Le leader pro-Hirak Karim Tabbou, également persécuté par les autorités algériennes, avait exprimé son intérêt pour la mort en prison de M. Debbazi, qui lui a par la suite coûté une nouvelle arrestation.

Les avocats de l’accusé ont déploré le “silence peu recommandable” du ministère de la Justice qui “n’a pas encore donné d’explication ni pratiqué d’autopsie pour déterminer les véritables causes du décès du détenu politique”.

Depuis l’accession au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune, l’Algérie est devenue le théâtre d’une répression forte et accentuée contre toute forme de critique du pouvoir. Avant Hakim Debbazi, deux autres prisonniers d’opinion sont morts en détention.

En mai 2019, le défenseur des droits humains Kamel Eddine Fekhar, en détention provisoire, est décédé à l’hôpital de Blida où il avait été transféré dans un état comateux. En décembre 2016, le journaliste Mohamed Tamalt, purgé depuis deux ans, est décédé après une évacuation vers l’hôpital de Bab El Oued.

Selon le Comité national pour la libération des détenus (CNLD), l’Algérie compte encore près de 300 personnes incarcérées et liées au Hirak ou à la Défense des libertés individuelles.

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