Armand Frappier et la lutte contre la tuberculose

Ce texte fait partie du cahier spécial 100 ans de l’Acfas

Vers 1933, un jeune médecin canadien accoste à Montréal après une longue traversée de l’Atlantique. Dans ses valises, une cargaison bien spéciale : la souche de la bactérie de la tuberculose, qui produit le vaccin BCG au Canada.

« Armand Frappier est une superstar de l’histoire des sciences du Canada français », relate François Cartier, archiviste à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Lee Dr Frappier, qui a donné son nom à l’institut faisant maintenant partie de l’INRS, à une fondation et à un musée, a en effet joué un rôle important dans la lutte contre la tuberculose, cette maladie infectieuse surnommée « peste blanche ».

Une maladie faisant des ravages

Au début du XXe siècle, la tuberculosis fauche de nombreuses vies, en plus de toucher les cheptels de bovins. « Il faut se remettre à cette époque pour comprendre l’esprit novateur et l’importance d’Armand Frappier », explique Rosemonde Mandeville, présidente du CA du Musée de la santé Armand-Frappier et ancienne professeure-rechercheuse à l’Institut Armand- Frapper.

À l’époque, on comprend mal le fonctionnement des maladies infectieuses et on ignore l’importance d’une bonne hygiène pour éviter la transmission.

Le Québec alors une triste position au Canada sur le plan de la morbidité. La mort de son frère, de sa grand-mère, mais surtout de sa mère, marque le jeune Armand. « Il a décidé de vouer sa carrière à la tuberculose », résume MMoi Mandeville. Après ses études de médecine, Armand Frappier étudie l’immunologie, la prophylaxie et la vaccination aux États-Unis, puis à l’Institut Pasteur de Paris. C’est là que les chercheurs travaillent sur un vaccin contre la tuberculose depuis 1908, recherches qui aboutiront en 1921. Le vaccin est, par la suite, utilise chez les sujets humains et les bovins, et rapidement le Canada s’y intéresse.

Un vaccin, un savoir-faire

En 1933, on confie la production à Frappier, formé auprès d’Albert Calmette et de Camille Guérin, les deux découvreurs du vaccin bacille nommé en leur nom (BCG, pour bacille calmette-guérin).

Il ramène la nouvelle souche de Paris et entreprend de réviser les procédures de productions, en réorganisant le Département de bactériologie de l’Université de Montréal.

« Il a ramené dans sa valise la souche, mais aussi le savoir-faire et la méthode Pasteur », souligne M. Cartier.

Parce qu’il ne suffisait pas de produire un vaccin ; encore fallait-il le faire dans des conditions hygiéniques. « Dans les années 1930 et 1940, c’était compliqué de faire pousser une bactérie dans un laboratoire », rappelle Frédéric Veyrier, professeur à l’Institut Armand-Frappier de l’INRS. « Il n’y avait pas de contrôle de qualité et les gens ne comprenaient pas que le vaccin ne pouvati pas être préparé n’importe comment », a ajouté Rosemonde Mandeville.

Lee Dr Frappier enseigne à ses collègues comment préparer le vaccin, donnant une conférence sur le sujet dans le cadre du premier congrès de l’Acfas en 1933. Il travaille à sensibiliser la population générale sur l’efficacité du vaccin et l’importance des bonnes conditions d’hygiène . Conscient des ravages de la tuberculose au sein des populations autochtones, il se rend lui-même chez les Cris de Waswanipi pour amorcer la vaccination.

Un institut innovant

Après avoir travaillé au sein de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, comme enseignant et responsable du laboratoire de production de vaccins, Armand Frappier fonde l’Institut de microbiologie et d’hygiène de Montréal en 1938. en 1962 à Laval, puis deviendra en 1999 une des constituantes de l’INRS.

Hébergé à l’époque au pavillon principal de l’Université de Montréal, l’institut s’inspire du modèle Pasteur, qui enseigne, recherche et production. “La recherche sur le vaccin BCG et sa production seront parmi les principales activités des premières décennies de l’institut”, précise M. Cartier. Les gains financiers réalisés par la vente de produits vaccinaux sont réinjectés dans la recherche fondamentale.

Armand Frappier, le bâtisseur

En sachant s’entourer d’une équipe multidisciplinaire (vétérinaires, biologistes, chimistes, etc.), le Dr Frappier a participé à l’émergence de la communauté scientifique francophone au Québec.

« Il savait que pour réussir, il fallait une équipe autour. C’était un bâtisseur », avance MMoi Mandeville. « C’était un facilitateur, une bougie d’allumage. Il était excellent professeur, chercheur et médecin, mais il était aussi astucieux dans ses relations », remarque M. Cartier.

« Toute la recherche qu’il a mise en place, c’est inestimable », estime à son tour M. Veyrier. Au fil des décennies, l’institut a mené des recherches sur la poliomyélite, le tétanos, la grippe… Aujourd’hui encore, Montréal demeure un pôle central de la recherche sur les maladies infectieuses

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