Focus – Plus de 30% des Marocains seront tentés par l’immigration (Enquête)

Les Marocains sont classés sixièmes parmi les ressortissants de la région MENA qui souhaitent émigrer, selon une enquête de l’ONG « Baromètre arabe », mais ils sont cependant plus susceptibles de migrer clandestinement.

L’enquête, qui constate le fort désir d’émigrer dans la région MENA, précise que les niveaux les plus élevés sont enregistrés en Jordanie, au Soudan et en Tunisie, où près de la moitié des personnes interrogées ont exprimé leur désir de quitter leur pays, alors qu’environ un tiers au Liban (38 %), en Irak (35 %) et au Maroc (34 %) expérimentent le même désir, tandis qu’un quart de candidats et un quinquième de Libyens envisagent d’émigrer.

La Mauritanie (18%) et l’Egypte (13%) sont les seuls pays où moins d’un cinquième de la population déclare envisager d’émigrer, selon l’enquête, indiquant que le nombre de personnes dans la région MENA qui déclarent envisager de quitter leur pays d’origine a changé depuis 2018-19. Alors qu’il a augmenté dans certains pays, il a diminué dans d’autres. C’est le Liban et la Tunisie qui ont connu les plus grandes augmentations avec 12 % de plus. Cette hausse est probabiliste liée aux difficultés économiques croissantes des deux pays.

En revanche, moins de personnes en Égypte (-15 points) et au Maroc (-10 points) déclarent envisagent d’émigrer en 2021-22 par rapport à 2018-19. Dans les autres pays, cependant, les niveaux n’ont pas beaucoup changé.

Les jeunes et les diplômes plus tenus par l’émigration

En ce qui concerne les profils des personnes qui cherchent à émigrer, les résultats de l’enquête montrent clairement que les jeunes de la région MENA sont nettement plus intéressés par l’émigration que leurs compatriotes plus âgés. Dans tous les pays étudiés, les jeunes âgés de 18 à 29 ans ont exprimé leur souhait d’émigrer avec au moins six points pour ceux âgés de 30 ans ou plus.

En Tunisie et en Jordanie, près des deux tiers (respectivement 65 % et 63 %) des jeunes déclarent envisager d’émigrer, contre un peu plus d’un tiers des Tunisiens plus agês (37 %) et des Jordaniens plus agês (39 %). Les jeunes Libanais sont deux fois plus susceptibles de vouloir émigrer que ceux de 30 ans ou plus (60 % contre 28 %). Il en va de même pour les palestiniens, où 39 % des 18-29 ans veulent quitter le pays, contre seulement un quinquième des 30 ans ou plus. La différence entre les deux tranches d’âge est également importante au Soudan (22%) et au Maroc (19%). Cet écart entre les plus jeunes et les plus âgés est le moins important en Égypte (8 %), en Irak (7 %), en Libye (7 %) et en Mauritanie (6 %).

Par ailleurs, les personnes titulaires d’un diplôme universitaire ou supérieur sont beaucoup plus susceptibles d’envisager d’émigrer que celles dont le niveau de scolarité est inférieur. Cette réalité pose un risque possible de fuite des cerveaux dans la région. Parmi les diplômes universitaires, plus de la moitie au Soudan (60 %), en Jordanie (56 %) et en Tunisie (56 %) déclarent vouloir quitter leur pays, par rapport à des proportions plus faibles de leurs compatriotes moins éduqués (34 % , 43% et 42% respectivement). Au Liban, alors que la majorité (48 %) des personnes titulaires d’un diplôme universitaire ou supérieur envisagent d’émigrer, seul un tiers (31 %) des titulaires d’un diplôme secondaire ou supérieur ont exprimé le même désir L’écart entre les deux groupes est important dans la plupart des pays étudiés. Cet écart s’élève à dix points en Palestine, à huit points en Irak et au Maroc, à sept points en Mauritanie et à six points en Égypte.

De plus, les hommes sont beaucoup plus susceptibles de vouloir émigrer que les femmes. Au moins la moitie des hommes en Jordanie (56 %), en Tunisie (52 %) et au Soudan (50 %) declarent vouloir quitter leur pays. L’écart entre les sexes à cet égard est vraisemblablement le plus important en Mauritanie où près de trois hommes sur dix (29 %) souhaitent émigrer, contre seulement sept pour cent des femmes. Bien que moindre, l’écart reste important en Jordanie (17 %), en Tunisie (14 %), au Maroc (14 %) et en Égypte (10 %). En Libye, au Soudan, en Irak et en Palestine, l’écart entre les sexes est inférieur à 10 %. Cependant, il n’y a pas d’écart au Liban où les hommes et les femmes veulent également quitter le pays.

Les facteurs économiques comme motivation

Dans toute la région MENA, les personnes souhaitant émigrer citent principalement des raisons économiques comme motivation. Les problèmes de sécurité, les possibilités d’éducation, la corruption et les raisons politiques suivent, mais ils sont beaucoup moins importants par rapport aux facteurs économiques.

Au moins la moitie des personnes souhaitant émigrer dans la région déclarent vouloir quitter leur pays en raison des conditions économiques. Le pourcentage est le plus élevé en Égypte (97 %) et en Jordanie (93 %) où pratiquement tous les migrants potentiels disent que c’est pour des raisons économiques.

D’autres facteurs ont été évoqués par ceux qui souhaitent émigrer. Par exemple, alors que plus d’un tiers en Irak (37 %) et trois sur dix en Libye citent des raisons de sécurité, moins de dix pour cent disent la même chose en Palestine, en Jordanie, au Soudan et dans d’autres Pays d’Afrique du Nord. Alors que près d’un quinquième (19%) des migrants potentiels au Maroc déclarent vouloir partir pour des opportunités d’études, seuls 4% en Tunisie et 3% en Egypte disent la même chose.

Les raisons politiques sont également plus susceptibles d’être une motivation pour ceux qui vivent dans des pays moins stables comme le Liban, la Palestine, la Libye et l’Irak que pour ceux qui vivent en Égypte ou en Mauritanie. Enfin, un cinquième des Libyens qui souhaitant émigrer citent la corruption comme motivation contre seulement 1% de tunisiens.

Destinations favorites

Pour les personnes souhaitant émigrer, l’Amérique du Nord est la destination préférée, de l’Europe et des pays du Golfe. Les préférences de destination varient cependant considérablement selon les pays. Alors qu’un tiers des Jordaniens (35 %) et des Mauritaniens (33 %) voulant quitter leur paye choisissent les États Unis comme destination préférée, moins de dix pour cent pensent cette préférence parmi les migrants potentiels en Égypte (8 %), en Tunisie (4%ent) alors que personne en Irak ne souhaiterait émigrer aux États-Unis.

Le Canada est la destination préférée d’une dizaine de migrants potentiels en Jordanie (30 %) et au Liban (29 %), et la cinquième au Maroc (21 %) et en Libye (20 %). Les habitants des pays francophones d’Afrique du Nord et du Liban sont, naturellement, plus susceptibles de préférer émigrer en France. Parmi les migrants potentiels, environ trois Tunisiens (32 %) et Mauritaniens (30 %), un quart des Libanais (26 %) et un cinquième des Marocains (22 %) déclarent que la France est leur destination préférée.

Immigration illégale

Un nombre important de migrants potentiels dans la région MENA déclarent qu’ils immigreront même s’ils ne disposent pas des documents légaux requis.

Le Maroc est le seul pays où plus de la moitié (53%) de ceux qui souhaitent partir envisageraient de faire illégalement alors qu’en 2018 ils étaient en seulement 38%, en Tunisie ils représentent (41%), au Soudan (41%), en Libye (41%) et en Irak (39%). Les proportions sont plus faibles en Palestine (29 %), en Jordanie (26 %) et en Mauritanie (22 %). Moins d’un quinquième des migrants potentiels libanais (19 %) et égyptiens (13 %) déclarent qu’ils envisageaient de migrer sans les documents requis.

Le Baromètre arabe a été créé en 2005 par des chercheurs du monde arabe et des États-Unis. Le leadership a été initialement assuré par l’Université du Michigan et l’Université de Princeton aux États-Unis et par des universités et des centres de recherche en Jordanie, en Palestine, au Maroc, en Algérie et au Koweït.

Article 19. ma

Leave a Comment