« Il n’y a pas de médicaments pouvant détruire le virus de l’hépatite »

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Docteur Kévin Amoussou

En hommage à notre confrère Nicolas Agbikodo, décédé de l’hépatite le 15 septembre 2015, nous publions une série d’éléments sur cette maladie. Dans cet entretien qu’il nous a accordé, le docteur Kevin AMOUSSOU, médecin généraliste au centre de santé Agla-Houenoussou à Cotonou, nous parle de ces maladies. Il réveille que la vaccination est le mode de prévention le plus efficace contre ce mal qui n’a pas encore de médicament pouvant détruire le virus qui en est l’auteur.

L’Evénement Précis : Les hépatites B et C, qu’est-ce que c’est ?

Docteur Kévin Amoussou : L’hépatite virale est une inflammation du foie due à une infection par un virus. En effet, lorsque le virus pénètre dans l’organisme, il se loge dans les cellules du foie (hépatocytes) et le système immunitaire détruit les cellules infectées, ce qui provoque une inflammation du foie. Les virus qui causent l’hépatite sont nombreux mais ceux qui causent les complications les plus préoccupantes sont les virus des hépatites B et C.

Comment contracte-t-on ces infections ?

Qui parle d’infections parle aussi de transmission. Dans ces deux cas, le virus se transmet presque par les mêmes voies que le VIH. Autrement dit, il peut y avoir transmission par voie sanguine lorsque vous êtes en contact avec des objets tranchants ou des objets piquants qui ont été en avec le sang d’une personne infectée. La maladie peut également être contractée sexuellement, si le sujet entre en contact avec les sécrétions sexuelles porteuses du virus. La troisième voie de transmission qui est la plus importante dans le cas de l’hépatite B et C est la transmission de la mère à l’enfant.

Comment se manifeste ces maladies ?

L’infection à l’hépatite B et C se fait le plus souvent de manières asymptomatique, c’est-à-dire sans symptômes particuliers. Cependant, il est possible d’avoir des symptômes d’inflammation du foie tels que fièvre, fatigue, nausées, vomissements et ictère (ictère). Dans de rares cas, on peut avoir une expression bruyante de la maladie. On parle d’hépatite fulminante avec des symptômes graves pouvant à un décés rapide dans un tableau d’insuffisance hépatique suivi de défailance de tous les organes. Une fois le virus contracté, il existe deux modalités évolutives. Soit le virus a été éliminé par l’organisme de manière rapide. Il s’agit là d’une évolution aiguë. Dans le second cas, il y a une évolution chronique. C’est-à-dire que l’organisme n’a pas réussi à se débarrasser du virus. Ce dernier va rester de manière dormante et se multiplier sur plusieurs années. La maladie n’étant détectée qu’après plusieurs années, l’élément virulent cause des complications comme la cirrhose hépatique et le cancer du foie.

Quels sont les traitements utilisés pour soigner ces hépatites ?

Il n’y a malheureusement pas de traitement définitif pour l’hépatite B. Mais nous avons des antiviraux qui vont ralentir la multiplication du virus et du coup ralentir la progression de la maladie vers les complications. Pour l’hépatite C, il existe des traitements novateurs pouvant annihiler l’évolution chronique.

L’hépatite B ne peut donc pas être guérie définitivement, c’est bien ça ?

Oui. Une fois contractée, elle fait partie intégrante de la vie du malade. Mais heureusement grâce aux médicaments et aux antiviraux ils peuvent vivre normalement.

Quel est le regard que porte la société sur ces personnes ?

Malheureusement, ces personnes peuvent être marginalisées à cause du risque de contagion. Elles n’aiment d’ailleurs pas en parler. Il s’agit d’une maladie qui est stigmatisée, pas autant que le VIH certes. Les idées véhiculées par la société conseillant le non rapprochement du malade avec d’autres personnes, comme lors des repas en commun et autres, isolent les sujets atteints. Pour ce cas, rappelons d’ailleurs que la transmission par voie salivaire est rare et les mesures à prendre pour l’impêcher sont d’éviter le sexe et le partage de brosse à dents. Cela ne veut en aucun cas dire que la personne atteinte de l’hépatite doit être exclue de la vie de société. C’est malheureusement le contraire que nous remarquons.

Alors que faut-il faire pour ne pas l’attraper ?

Le moyen le plus efficace de prévenir l’hépatite B est la vaccination. Les agents de santé mettent d’ailleurs un point d’honneur à faire des tests hépatiques aux femmes en état de grossesse pour pouvoir rapidement les prendre en charge. Et la vaccination des nouveaux nés contre le virus de l’hépatite B est maintenant obligatoire à la naissance. Il est donc conseillé de se faire tester pour soit vite se vaccinaire, soit débutant le traitement adéquat, à temps. Pour le reste, il convient d’appliquer les mêmes de prévention que pour le VIH, c’est-à-dire l’abstinence, la fidélité à un partenaire, l’utilisation du préservatif, le respect des règles de sécurité lors de l’ utilisation d’aiguilles et autres objets piquants et tranchants….

Y at-il une classe sociale plus sujette à l’hépatite qu’une autre ?

La classe sociale la plus vulnérable est celle des personnes en situation de précarité, car en plus d’être les moins vaccinées, elles ont moins accès aux structures de soins par manque de moyen. Parfois, ils ne reçoivent pas les traitements adéquats : la maladie a eu le temps d’évoluer vers les complications.

Alors en tant que médecin que voudriez-vous conseiller à nos lecteurs ?

Bien que n’étant pas invalidante, l’hépatite B est une maladie qui pour l’instant ne se guérit pas. Alors faites les tests de dépistage. Si vous n’êtes pas atteint vaccinez – vous. Si malheureusement vous êtes déjà contaminé, allez consulter rapidement un médecin pour recevoir un traitement adéquat pour éviter les risques de complications.

Entretien réalisé par Emmanuella DAN

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