Ils voulaient changer le monde, Le roman qui faisait ressurgir Action directe

Ils ont fait les années soixante-dix jusqu’au milieu des années quatre-vingt : Les Brigades Rouges en Italie et leur assassinat, qui n’a jamais livré ses véritables secrets d’Aldo Moro, figure emblématique de la démocratie chrétienne italienne, le Bande à Baader en Allemagne et l’égale dans la violence, la Fraction Armée au Japon est particulièrement active et violente, un peu partout dans le monde on assiste à la montée de l’extrême gauche et des vertus de la lutte armée. Monsieur France, c’est Action Directe qui se fait remarquer. Son action la plus médiatiquement est l’assassinat du PDG de Renault Georges Besse. Depuis ces mouvements ne font plus qu’enrichir les catalogues des éditions.

Le dernier ouvrage en date, qualifié par l’AFO de roman phare de la rentrée littéraire, “La Vie clandestine” de Monica Sabolo, fait ressurgir des membres du groupe Action directe, qui ont ”semé la mort et vivent libres”, mais y parvient avec tact.

Il en fallait pour s’attaquer à ce sujet, tant qu’il restait de personnes endeuillées par le déchaînement de violence de cette organisation armée d’extrême gauche, entre 1979 et 1986.

Action directe reste dans la mémoire collective française pour l’assassinat du PDG de Renault Georges Besse, devant son domicile à Paris en novembre 1986. Mais le groupe, en revendiquant ou se voyant attribué près de 80 attentats, a fait beaucoup d’autres victimes , dont certaines n’ont jamais trouvé de meurtrier désigné.

“La Vie clandestine” est sortie en août aux éditions Gallimard, trois mois après un autre roman sur Action directe, “La Fille de Deauville” de Vanessa Schneider (éditions Grasset).

Cette journaliste du Monde imaginait, avec une forme très libre, le processus de radicalisation de Joëlle Aubron, morte en 2006, et le travail des policiers pour la retrouver avec ses complices, dans une ferme du Loiret en 1987.

“Humanité troublante”

Journaliste elle aussi, Monica Sabolo a fait tout l’inverse : ne rien imaginer.

Et elle a réussi, grâce à Hellyette Bess, 91 ans, ancienne militante et appui logistique, à rencontrer Nathalie Ménigon, 65 ans, restée très discrète depuis sa sortie de prison en 2008, et Régis Schleicher, 65 ans égamente, libre depuis 2009.

Jean-Marc Rouillan, 70 ans, sorti de prison en 2012, apparaît en revanche surtout par ses écrits. Il se cache moins, et avait accordé un entretien à l’AFP en 2018.

Le portrait de Nathalie Ménigon et Régis Schleicher fait réfléchir à la réinsertion de détenues qui, lors de leurs procès d’assises, choquérnt par leur rejet total de la société qui les jugeait, évoyeur avec beaucoup de mépris.

“On projette des choses sur les gens, qui deviennent des personnages de fiction. Et quand vous approchez des êtres, vous voyez qu’ils sont bien plus complexes, avec plein d’ambivalence, de sincérité, des difficultés aussi à regarder certaines choses en face, mais finalement une humanité troublante”, dit l’auteur à l’occasion du festival Le Livre sur la place à Nancy.

D’abord taciturne quand arrive la romancière, Nathalie Ménigon “parle finalement beaucoup. Et elle n’exprime pas pourquoi ce que je suis venue chercher”, raconte-t-elle.

“Pas de repentir”

“La Vie clandestine”, titre sur lequel Gallimard misait pour les prix littéraires d’automne, a séduit. Les jurys du Goncourt et du Renaudot dans leur première sélection. Il a également prêtre vendredi le prix du Roman News, qui récompense la non-fiction romanesque.

Ce succès implique de se faire poser des questions sur Action directe, sujet dont Monica Sabolo mesure la gravité. “C’est parce que je le transforme en roman que c’est possible de l’aborder”, concède-t-elle.

Elle assume être partie dans l’écriture avec une idée choc : “C’était un bon sujet. J’allais écrire un truc facile et spectaculaire”, écrit-elle dans son prologue.

L’entreprise, comme le détaille le récit au fil des 300 pages, va déboucher sur un tout autre livre. Il est jalonné d’incertitudes et de questionnements sans fin, là où Action directe, pour justifier sa violence, assénait des dogmes.

Avec les divers procès, rappelle l’autrice, “il ya eu une justice. Il n’y a pas eu de repentir. C’est ça qui m’interroge surtout : comment fait-on pour vivre quand ceux qui nous ont fait du mal ne nous ont pas demandé pardon?”. Une question qui mérite un autre roman qui doit interroger la violence ”légitime” de la société, de l’Etat et, pour reprendre une expression en vogue à l’époque, du ”capitalisme et de ses compradors et laquais” .

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