La famille vue comme un labyrinthe ou une métaphore, premier colloque de la Chaire des Littératures africaines

L’Académie du Royaume du Maroc a organisé les 22 et 23 septembre un colloque international intitulé “La famille vue comme un labyrinthe ou une métaphore” avec la participation de plusieurs écrivains et universitaires de plusieurs pays. Cette rencontre s’inscrit dans les activités de la Chaire des Littératures et des Arts Africains, créée à l’initiative de l’Académie du Royaume du Maroc et lancée officiellement au mois de mai dernier.

M. Abdeljalil Lahjomri, Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc place cette rentrée littéraire et artistique africaine sous le signe des richesses imaginaires à partager.

A l’heure où le monde connaît et traverse des chahuts géopolitiques, économiques, environnementaux et sanitaires, en cette période où se diluant les références fragilisant les horizons communs, la famille n’est-elle pas l’une des références à interroger ? Disputée mais inconvenante, la famille peut apparaître telle une boussole symbolique à inscrire à l’agenda des réflexions littéraires, philosophiques et sociétales. C’est le pari et l’ambition de ce colloque organisé par la chaire des littératures et des arts africains de l’Académie du Royaume du Maroc.

Des cours magistraux et doctorants

Une thématique complexe et délicate que le premier colloque de l’année académique 2022-2023 de la Chaire des Littératures et Arts Africains, auquel ont pris part de nombreux doctorants, a été exploré dans ses différentes dimensions géographiques, sociales et linguistiques avec la participation de plusieurs écrivains , chercheurs, universitaires et artistes du continent et d’ailleurs. Le colloque a également été marqué par un hommage à Marie N’Diaye, Prix Goncourt 2009 pour « Trois femmes puissanes ». Elle-même est intervenue au cours de ce colloque sur le thème « L’étrangeté comme avertissement ».

La séance d’ouverture s’est poursuivie avec la leçon inaugurale de l’année académique 2022-2023, donnée par le Pr Pape Massène Sène, professeur universitaire sénégalais. Massène Sène a occupé plusieurs postes dans l’administration publique au Sénégal, dont celui de Conseiller du Président de la République chargé de la Culture, de la Communication et de la Francophonie.

De nombreuses interventions sur une riche thématique efficace sur la famille africaine, ont figuré au programme de cette rencontre. Yasmine Chami, écrivaine marocaine, a traité de la Famille comme Crypte et Tayeb Arab, peintre et dessinateur de presse en France, a évoqué le « Souvenir d’un enfant des indépendances africaines ». Dr. Oumar Doumbouya de l’Université Lansana Conté de Guinée Conakry a développé La métaphore familiale dans le Mandingue guinéen, Dr. Raoul Tie de l’Université Houphouët Boigny (Côte d’Ivoire) a consacré son cours à Famille(s) et postmémoire dans littérature du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda, et Dr Fatmatta Taqi de l’Université de Sierra Leone s’est attachée à expliquer le The Pradoxical Head in the Mother Figure in Contemporary Sierra Leonean Litertaure. Rachid Khaless de l’Université Mohamed V de Rabat s’est concentré sur les représentations de la famille dans la littérature maghrébine d’expression française et Mireille Essono Ebang de l’ENS du Gabon s’est concentrée sur les représentations de la famille chez les auteurs gabonais.

La deuxième journée du colloque a vu le Pr Abdelfettah Lahjomri, universitaire marocain, ”prendre en charge” La famille dans Le Pain Nu de Mohamed Choukri, et Dr Wale Okediran, Secrétaire général de La Pan African Writers Association du Ghana traiter de L’impact de la migration sur la fmille. Coudy Kane de l’Université Cheikh Diop du Sénégal s’est attaché à décortiquer L’environnement familial dans l’œuvre romanesque d’Amadou Elimane Kane tandis que Pr Pierre Fandio de l’Université de Buéa du Cameroun a traité du français dans la littérature anglophone camerounaise comme modalité de mise en scène d’un dialogue différé entre ”Francophones” et ”Anglophones”.

Cette deuxième journée s’est poursuivie dans l’après-midi par les interventions du poète Gabriel Mwéné Okoundji (France), du Dr Laila Benhalima, peintre (Maroc) et d’Arlette Casas, commissaire d’exposition (France). Ils ont développé, respectivement : Les figures parfois oubliées mais incongestibles sur le chemin de l’accomplissement de nos existences : les tantes et les oncles ; La joyeuse allégorie de l’arbre jaune ; et, enfin, Le métier de commissaire d’exposition vu comme une passerelle dans la famille artistique.

La Chaire des Littératures Africaines et des Arts

A rappeler que La Chaire des Littératures et des Arts Africains s’inscrit dans les missions de l’Académie du Royaume du Maroc telles qu’elles sont définies dans le Dahir du 5 février 2021 portant promulgation de la loi relative à la réorganisation de l’ Académie du Royaume du Maroc, et dont l’article 3 édicte “La création de chaires scientifiques spécialisées dans l’étude des questions intellectuelles et culturelles en veillant à l’organisation de leurs activités et programmes scientifiques”.

La Chaire a été officiellement lancée le 16 mai 2022 et vise à ouvrir, valoriser et diffuser le patrimoine culturel africain en Afrique. De nombreuses activités académiques, littéraires et artistiques sont prévues au programme de la Chaire.

C’est l’aboutissement d’un long processus de maturation entamé en 2015 avec le choix du thème Afrique comme horizon de la pensée pour les travaux de la 43e session de l’Académie du Royaume. Elle s’inscrivait ainsi dans l’orientation de la politique extérieure du Maroc qui a fait de son continent et de la coopération sud-sud la fondation de sa doctrine. A partir de là, les conférences et séminaires sur les différents sujets qu’il s’agisse des Sciences du Culte, de la Philosophie, de l’Ethique, du Droit, de l’Histoire, de la Littérature, des Beaux-Arts, des Sciences, de l’Education, de la Diplomatie, de l’Economie, de l’Urbanisme ou des Techniques pratiques se succèdent avec la préoccupation essentielle et existentielle d’intensifier le flux des échanges culturels et des débats d’idées.

En 2020, sur onze mois, du 24 janvier au 13 novembre, l’Académie du Royaume a organisé un cycle de conférences sur les Trésors de l’Islam en Afrique, de Tombouctou à Zanzibar. En décembre 2021, elle enchaîne, à l’occasion du 20e anniversaire de sa mort, avec une journée de débats sur une figure incontournable du continent noir, Léopold Sédar Senghor. La même année, la collection Sembura, créée en janvier 2021, présente la première édition de son catalogue littéraire que l’Académie du Royaume devait accompagner toutes ses publications. Le premier numéro parrainé par l’Académie est consacré à : Qu’est-ce que l’Afrique. Le 17 novembre 2021, dans le cadre prestigieux de son institution, cet événement culturel panafricain a rassemblé les figures de ce projet éditorial novateur : initiateurs et partenaires de la collection Sembura, universitaires et écrivains de la région des Grands Lacs et intellectuels venus de divers horizons .

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