Le téléscope James Webb livre de magnifiques images de la nébuleuse d’Orion

Olivier Berné ne cache pas une certaine “émotion” : “On s’attendait à ce que les images soient belles donc nous ne sommes pas surpris qu’elles soient vraiment magnifiques. Mais c’est un moment important car nous nous y préparons depuis des années“, confie-t-il à La Tribune. Chercheur à Toulouse au sein de l’Irap (Institut de recherche en astrophysique et planétologie), Olivier Berné coordonne l’un des 13 programmes de recherche précoces retenus par les agences spatiales pour faire parler les données issues du télescope spatial James Webb.

Son équipe, composée d’une centaine de scientifiques dans 18 pays, sera dévoilée le lundi 12 septembre les premières images de la nébuleuse d’Orion captées par le télescope. Cette pouponnière d’étoiles située à 1350 années-lumière de la Terre est la plus riche et la plus proche de notre système solaire, né il y a plus de 4,5 milliards d’années.

Voir à travers la poussière du cosmos

Contrairement à son prédécesseur Hubble qui observait le cosmos grâce à la lumière visible, le nouveau télescope de la Nasa utilise l’infrarouge pour mieux observer à travers les couches de poussière de l’environnement spatial.

Orion James Webb

La nébuleuse d’Orion vue par Hubble (à gauche) et par le télescope spatial James Webb (à droite). Crédits : NASA/ESA/CSA/PDRs4All ERS Team/Salomé Fuenmayor/Olivier Berné

“Avec le James Webb Space Telescope, nous obtenons une capacité à radiographier la matière, à observer les étoiles qui sont en train de ître à l’intérieur de cette nébuleuse d’Orion qui n’était pas accessible dans les images de Hubble. Ce nouveau télescope permet nous de voir beaucoup de points lumineux. Il s’agit d’étoiles jeunes qui viennent de ître ou qui ont quelques dizaines, quelques centaines de milliers d’années au maximum. , s’enthousiasme Olivier Berné.

Comprendre la formation du système solaire

Au-delà de l’esthétique des clichés, les images de la nébuleuse d’Orion permettent l’observation de disques protoplanétaires. Ces systèmes stellaires en formation sont constitués d’une proto-étoile centrale entourée d’un disque de poussières et de gaz à l’intérieur duquel se forment les planètes. Alors que l’équipe internationale a seulement commencé à braquer le téléscope sur Orion depuis le 10 septembre dernier, elle est déjà en bonne voie pour accomplir l’un des grands objectifs scientifiques du programme de recherche.

Orion James Webb

Dans le zoom en haut à gauche, on peut voir des disques de gaz et de poussières se formant autour d’une jeune étoile. Crédits : NASA/ESA/CSA/PDRs4All ERS Team/Salomé Fuenmayor.

“Notre objectif est de détecter ces systèmes stellaires en formation puis de les identifiants et les caractérisants. Avec ces images, nous pourrons caractériser leurs dimensions, leur masse, en partie leur composition, leurs propriétés en termes de température… Nous travaillerons avec des données supplémentaires via les spectromètres du télescope (instruments qui permettent de déduire de la composition chimique de l’environnement, ndlr). Vous avez vu la beauté des images ? Vous pouvez facilement imaginer le spectre d’une très grande qualité que nous pouvons obtenir”, complète Olivier Berné.

De quoi offrent des clés de compréhension sur ce qui ressemble au berceau de notre système solaire. “Tous les êtres humains sont constitués d’atomes issus du Big Bang, d’étoiles ou de supernovas. Mais nous ignorons encore beaucoup de choses sur la façon dont la nature a arrangé ces briques pour faire une planète avec la vie.” le James Webb Space Telescope, nous allons pouvoir remonter au moment où naissent les étoiles et les planètes”décrivait le chercheur en juillet dernier dans un portrait que lui a consacré La Tribune. Les premiers résultats scientifiques du programme devraient être publiés d’ici la fin de l’année.

Une carrière dédiée au télescope spatial James Webb

Dès sa thèse (soutenue en 2008), le Toulousain Olivier Berné a décidé de dédier toute sa sa au James Webb Space Telescope. “C’était un pari enorme. Le téléscope a été menacé d’être arrêté à plusieurs reprises. Et honnêtement, si cela n’avait pas marché, je ne sais pas ce que j’aurais fait, si j’aurais continué l’astrophysique, parce que cela aurait eu moins de sens pour moi”livre-t-il.

Olivier Berné, dans l’oeil du téléscope James Webb en quête des origines de l’univers

Sur ce projet, son équipe travaille avec un autre laboratoire local, l’Institut de recherche en informatique de Toulouse (Irit), avec lequel elle a développé des algorithmes d’analyse de données très précis pour améliorer l’information spatiale dans le télescope de données. De quoi multiplier par neuf le nombre de pixels dans les images du spectromètre.