Les « Papillons Noirs » : quand une série engendre un roman

Publié le 15 sept. 2022 à 11:24Mis à jour le 15 sept. 2022 à 11:49

C’est une tentative de briser un peu plus les barrières entre médias et tisser de nouveaux liens entre écran et roman. Le polar fictionnel écrit pendant la série « Les Papillons noirs » (diffusée sur Arte et bientôt aussi sur Netflix) est devenu un livre, en librairie le 7 septembre, le même jour où la fiction démarrait en streaming sur la plateforme de la chaîne franco- allemande.

Une sortie en simultanée assez inédite. Dans l’audiovisuel, on se sert souvent d’ adaptations d’oeuvres littéraires . Parfois, à l’inverse, les séries à succès sont aussi adaptées en livre, et on parle alors de « novélisation ». Mais les « Papillons noirs » sont un cas à part.

Mises en abyme

Le livre est conçu en mises en abyme avec la série : pour l’écrire, son auteur s’est dans la peau du « ghostwriter » que l’on voit à l’écran, explique Myriam Gharbi de Vasselot, productrice des « Papillons Noirs » pour GMT ( Gens des médias ). « Il s’agit d’une œuvre complémentaire à la série et qui en enrichit l’épopée », dit-elle.« C’est peu commun. On voit des films qui prolongent les séries comme pour « Downtown Abbey » parce qu’il y a des économies d’échelle (décors, personnages…) et un même langage visuel, mais donner naissance en même temps à une série et à un livre c ‘est plus difficile, les temporalités de création ne sont pas les mêmes », expliquent Julien Feré , professeur associé au sein du département Marques du Celsa. Cependant, certains précédents existent. Comme la série américaine « Castle » (diffusée sur ABC entre 2009 et 2016) qui mettà déjà en scène un écrivain fictif alors que ses livres sortaient en librairie.

Danse « Les Papillons noirs » , un vieux monsieur (Niels Arestrup) fait appel à un écrivain en manque d’inspiration (Nicolas Duvauchelle) pour écrire ses mémoires. Elles tourneront vite aux confessions criminelles. Pris au jeu, l’écrivain-fantôme voudra en faire son propre roman…

Série et livre finalisés en parallèle

Pour cette série où tout tourne autour d’un livre – il en fallait d’ailleurs lire des extraits en attendant le tournage – quoi de mieux donc que de se lancer dans la production d’un vrai polar ? « Débuts en 2021, Olivier Abbou (l’un des deux créateurs de la série, NDLR) m’a contacté avec l’idée de sortir un livre en même temps que la série », raconte Violaine Chivot, à la tête des Editions du Masque (JCLattès ). Tout ira très vite : la série et le livre seront finalisés, en parallèle, fin 2021.

Sur la jaquette jaune figure bien le nom du mystérieux Mody, mais quand on retire cette première couche on trouve une autre couverture, noire, qui vouille l’auteur réel : Gabriel Katz. Avec un passé de « ghostwriter » pour les « people », il s’inspire du scénario de la série tout en multipliant les points de vue, les flash-back… et les clins d’œil avec la fiction. Il y aura aussi une séance de lecture et dédicaces en duo avec Nicolas Duvauchelle !

Premier tirage à 15 000 exemplaires

Aux Editions du Masque, le premier tirage est fixé à 15 000 exemplaires, niveau assez conséquent pour cette collection avec une longue histoire dans les énigmes policières (Agatha Christie, John Dickson Carr, etc.). Sentant d’ores et déjà un certain engouement, l’éditrice n’exclut pas d’augmenter le tirage. Les droits du roman ont déjà été vendus en espagnol et en serbe, et Violaine Chivot espère que le Salon du livre de Francfort en octobre sera l’occasion de signer d’autres contrats internationaux.Ce roman sera vendu de ses propres ailes ? Ou bien sera-t-il destiné à rester un produit (culturel) dérivé de la série ? Il faut en tout cas que tout soit millimétré pour qu’il profite des audiences de la série sur Arte et Netflix , et de l’effort marketing qui va avec. « Le plan de communication autour d’une série est beaucoup plus grand que celui d’un livre, et ce lancement simultané permet beaucoup d’effets de bord », estime Julien Féré. « Mais la distribution en librairie est complètement différente de celle d’une œuvre télé, et même si Arte a élargi ses audiences, les publics ne sont pas pour autant les mêmes. Il faut donc redoubler d’efforts pour réconcilier ces deux mondes et donner envie aux téléspectateurs d’acheter le livre », prévient-il. Le début d’une nouvelle saga ?

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