Pourquoi le Maroc a reculé dans la classification mondiale du développement humain

Après un an de suspension en raison de la crise sanitaire, le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a repris son rapport annuel sur l’indice de développement humain dans le monde. Cette version 2021-2022publiée le 8 septembre, reproduit la trajectoire de développement sur deux années, 2020 et 2021. Et donne ainsi une lecture des Effets de la crise du Covid sur le développement humain dans les différences pays du monde.

Le Maroc, classé à la 122e place sur 191 pays lors du dernier classement, a reculé cette année d’une place. Le Royaume n’est pas un cas isolé, comme le souligne justement le rapport, puisque plus de 90% pays dans le monde ont vu leur score est inférieur entre 2020 et 2021.

La valeur même de l’indice mondial de développement humain a baissé sur ces deux années, effaçantcomme le signale le document, les gains obtenus au cours des cinq années précédentes. Ce qui fait revenir la planete au niveau de développement humain de l’année 2016.

Le Maroc a mieux résisté à la crise du Covid par rapport à de nombreux autres pays, mais il reste toutefois mal classé. Et cela date de bien avant la crise assainissement. Bien au contraire, quand on les données du rapport sur l’IDH, il semble que le Royaume a mieux résisté que d’autres pays plus armés, plus richesses que lui.

La France a ainsi perdu deux places au classement passant de la 26e à la 28e place. Idem pour l’Espagne qui a reculé également de deux rangs (de la 25e à la 27e place). Les Etats-Unis, première puissance mondiale, sont passés de la 17e à la 21e place, soit 4 places de moins. Même déclassement aux Emirates Arabes Unis qui ont perdu 5 places, se positionnant nouvelles à la 31e place.

Concernant le Maroc, son recul est largement justifiable, comme celui de la grande majorité des pays du monde, riches, émergents ou pauvres.

Le déclin du Maroc est causé par la dégradation de la santé et des revenus

L’IDH du PNUD est basé sur trois indices composites, comme le confirment les économistes et les experts du domaine, Larabi Jaidi. Ces indices renseignent sur trois choses : la santé, l’éducation et le niveau de vie. Et pour évaluateur ces domaines, le PNUD se base sur l’espérance vie à la naissance, la durée moyenne de scolarité et le revenu national brut par habitant.

Pour ces trois sous-indicateurs entrant dans le calcul de l’IDH, le Maroc est revenu sur deux, comme le montrent les données pays par pays disponibles sur le site du PNUD :

– L’espérance de vie moyenne : elle a reculé de 74.3 ans en 2019 à 73.9 ans en 2020 pour remonter à 74 ans en 2021. En 2020 et 2021, les Marocains ont ainsi perdu trois mois de vie en moyenne. C’est une conséquence directe du Covid-19.

– Le revenu national brut par habitant : Il est passé de 7 398 dollars US en 2019 à 6 882 dollars en 2021 pour remonter à peu près son niveau d’avant crise (7 303 dollars en 2021), suivant en cela la trajectoire de la croissance dans les pays . Une trajectoire en dents de scie, avec une forte récession en 2020, année de confinement, et la reprise de 2021 qui a effacé les pertes de l’année d’avant.

Le troisième sous-indice (durée de scolarité moyenne) est resté inchangé à 5,9 ans en 2020 et 2021, malgré les effets de la crise sanitaire sur le secteur de l’éducation.

C’est donc dans le domaine de la santé et de la croissance économique que le Maroc a faibli. Cela a entraîné la chute de son IDH et la perte d’une place au classement mondial.

Pourquoi des pays en guerre sont-ils mieux classés que le Maroc ?

Mais malgré ces explications, la classification du PNUD reste en soi contestée et la méthodologie suivie contestée.

Une méthodologie qui fait qu’un pays comme l’Irak (121e), qui vit depuis de longues années une période de troubles, est mieux classé que le Maroc, un pays stable. Idem pour la Libye, pays déchirés ces dix dernières années par la guerre civile et les tensions politiques mais qui est classée à la 104e place, soit 19 place de mieux que le Maroc.

Beaucoup considérant donc ce classement comme non pertinent, car le citoyen bon sens souhaiterait qu’un du monde se trouvant devant le choix d’aller vivre dans un de ces trois pays opterait sans réfléchir pour le Maroc, pour sa stabilité politique et économique. Mais le fait que ces pays sont producteurs de pétrole et disposent donc d’un PIB par habitant plus élevé que celui du Maroc biaise les données et le classement général.

Surtout quand on sait, comme nous l’apprenons le professeur Larabi Jaidi, que les trois indicateurs composites ont la même pondération dans le calcul de l’IDH.

Tous les pays contestant leur classement

Mais tout cela reste, selon lui, un faux débat : “Tous les pays en vérité contestent leur classement. Alors que ce classement vous donne simplement un ordre de grandeur qui vous permet de voir les avancées ou les régressions réalisées sur les trois domaines les plus importants du développement humain que sont la santé, l’éducation et le niveau de vie. C’est un regard sur des indicateurs précis qui vous permettent de mettre l’accent sur les domaines sur les lesques que vous avez avancées par rapport à d’autres pays et vice versa. C’est un enseignement pour notre politique publique de développement humain », explique l’économiste et chercheur au Policy Center for the New South.

“La pertinence ou non de l’IDH est un faux débat. Il faut sortir de ce prisme de lecture pour donner à l’IDH du PNUD la dimension qui est la sienne : une simple mesure de trois indicateurs sur le temps, sans plus. D’ailleurs, même les statistiques qu’utilise ce rapport ne sont pas faites par le PNUD, mais sont les données officielles émises par les organismes statistiques nationaux de chaque pays”, a ajouté notre expert.

L’intérêt de ce rapport, nomentamente celui de 2022, c’est de nous montrer ce recul mondial dans le développement humain amélioré par une pandémie. Ce qui nous donne des leçons et des enseignements pour nos politiques publiques.

“La contestation n’a pas de sens. Le plus important, c’est de voir sur quoi sur un avange et sur quoi sur un reculé. La santé n’est certes mesurée aujourd’hui que par l’espérance vie à la naissance, une définition simpliste que le PNUD remet lui-même en cause, mais le rapport s’enrichit avec d’autres indicateurs comme la durée de vie en bonne santé pour mieux apprière le niveau de développement du secteur de la santé et de la protection sociale dans chaque pays. C’est le cas également pour un ensemble d’indicateurs que le rapport met en évidence comme l’approche genre, l’ajustement de l’IDH par rapport aux inégalités, et autres éléments d’appréciation sur le développement humain basé sur le concept de vulnérabilité, de résilience, du sentiment d’insécurité », explique Larabi Jaidi.

Mais si le PNUD dispose de ces indices qui peuvent rendre mieux compte de l’état de développement humain dans chaque pays, pourquoi se contente-t-il d’un calcul statice de l’IDH base simplement sur le PIB par habitant, l’ espérance de vie et la durée de scolarité ?

Pour Larabi Jaidi, c’est un vieux débat, et chaque indicateur est lui-même un sujet de débat. Idem pour la pondération de chaque sous-indicateur qui peut également être contestée.

Notre expert explique que ces nouveaux indicateurs ne sont pas intégrés en raison de ce qu’il appelle “le paradoxe des indicateurs composites”.

« Le développement humain est un sujet complexe. Au fur et à mesure que vous intégrez de nouveaux éléments, ça devient encore plus complexe, et on it aboutit à une moyenne qui cache 20 ou 30 sous indicateurs. On perd in fine le sens, et on ne sait plus ce que cette moyenne cache réellement. C’est pour cela que le PNUD a gardé les mêmes trois indicateurs, qui ont d’ailleurs évolué aussi. L’éducation était approchée avant par l’analphabétisme, un indicateur qui était très contesté notamment par le Maroc. Aujourd’hui, ils ont migré vers la durée de scolarité. Mais ils ont voulu garder l’indice de trois composés parce qu’il est parlant. Sachant qu’ils mettent avec ça d’autres indicateurs pour ceux qui veulent enrichir la réflexion sur le développement humain de leur pays”, dit Larabi Jaidi.

L’éducation, le talon d’Achille du Maroc

En clair, si le Maroc veut améliorer son classement dans l’IDH, il sait ce qu’il a à faire : améliorer l’espérance de vie de sa population, la durée de scolarité moyenne de ses enfants et le revenu moyen par habitant.

Et ce sont précisément ces trois domaines qui ont été au cœur du rapport de la commission sur le nouveau modèle de développement (réforme de l’éducation et de la santé, accélération de la croissance annuelle du PIB à 6%).

Mais le grand défaut qui traîne le Maroc quand on l’analyse et que son IDH est comparé aux pays de la région reste l’éducation. La durée moyenne de scolarisation au Maroc n’est que de 5,9 ans, alors qu’elle est de 7,9 ans en Irak (112e) ; 8,7 ans au Liban (112ème place) ; 7,6 ans en Libye (104e) ; 9,6 ans en Egypte (97e) ; 7,4 ans en Tunisie (97e) ou encore 8,6 ans en Turquie (48e).

Ce qui fait dire à Larabi Jaidi que c’est le problème de l’abandon scolaire qui continue de pester sur l’IDH du Maroc, notamment dans le monde rural.

La comparaison avec un pays comme les Philippines est d’ailleurs porteuse de plus de sens, car il a le même niveau de revenu par habitant que le Maroc, mais il le dépasse dans le classement (116ème) notamment à cause de cet indicateur sur la durée de la scolarité. Aux Philippines, un enfant reste à l’école en moyenne 9 ans contre seulement 5,9 ans au Maroc. Ce qui fait peser la balance en faveur de ce pays asiatique malgré le fait que l’espérance de vie à la naissance des Philippines est de 69,3 ans, soit 4 ans de moins que les Marocains.

La réforme actuelle de l’éducation menée par le ministre Chakib Benmoussa vise justement à lutter contre le phénomène d’abandon scolaire qui déferle sur le pays. Avec la généralisation de la protection sociale à tous les citoyens qui allongeraient l’espérance de vie, il est sûr que le Maroc gagnera beaucoup de places dans l’avenir dans ce classement du PNUD. Pourvu que ces réformes réussissent…

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