une ardoise de 89 milliards de dirhams

Les banques marocaines cumulent quelque 89 milliards de créances non performantes à fin juillet 2022. Ce qui représente 7,3% des encours de crédit à l’économie et 8,8% du crédit bancaire (dont le financement participatif). Ce chiffre ne cesse de gonfler depuis 2021, après une année 2020 où, entre moratoires et crédits garantis, les banquiers ont eu un répit sur le volet des créances en souffrance. Sur les 7 premiers mois de l’année, ces créances en souffrance augmentent de 4,7 %.

Ce chiffre passe à 6,4% sur une pente glissante lorsque le crédit banquier progresse moins vite (+2,7% sur 7 mois et 5% sur une pente glissante). Résultat des cours : un portefeuille de crédits moins “propriété” qu’à l’entrée de la crise Covid. 2022 suivi de 2021 où le sujet brûlait déjà pour les banques. Ces créances infructueuses avaient un boni de 5,7% et le taux de contentieux brut des banques, du moins celles cotées, en social, s’est hissé pour attreiner 8,2%.

« La dégradation du taux de contentieux entre 2019 et 2021 a été particulièrement constatée auprès de 3 plus grandes banques marocaines : BMCE (+1,4 pt supplémentaire), Attijariwafa bank (+1,3 pt) et BCP (+1,1 pt) ) », écrivent les analystes de Valoris Securities dans un commentaire début septembre. Dans ces conditions, le coût du risque en agrégé des banques cotées, en social, a pesé pour près de 1,04% de l’encours brut de la clientèle, contre 1,24% en 2020 et 0,75% en 2019.

« A notre avis, la légère amélioration du coût du risque, malgré l’augmentation du taux contentieux, devrait être liée en partie au renforcement de la part des crédits garantis par l’État, qui peut faire l’objet de constatations de créances en souffrance, sans faire l’objet de provisionnement. Nous notons ainsi que le taux de provisionnement agrégé des créances en souffrance des banques cotées s’est allégé de 2,4 pts par rapport à 2019», rassuraient les analystes. Pour les banquiers, l’inflation et le ralentissement de la croissance économique expliquent une baisse des capacités financières des ménages et des entreprises.

Le crédit à la consommation : nouveau terrain de bataille ?

Réputation plus risquée que les autres segments de marché, le crédit à la consommation sera paradoxalement la prochaine bataille des banques. C’est du moins ce que valent les analystes qui valent le secteur : « anticipation d’un prochain acharnement concurrentiel des banques sur le segment des crédits à la consommation, qui risquerait de peser sur les sociétés de crédits à la consommation », prédit le courtisan Valoris. Selon eux, à fin juin 2022, le rythme de croissance des crédits bancaires sur 12 mois glissants s’est amélioré pour atteindre 4%, contre 2,8% à fin décembre 2021 et +3,8% à fin juin 2021. L’analyse de cette amélioration de la cadence de distribution des crédits permet de ressortir certaines remarques qualifiées de «peu positifs», par l’analyste de l’intermédiaire boursier. En effet, cette hausse a été essentiellement portée par la croissance des « Comptes débiteurs et crédits de trésorerie » de +10,1% (vs. 9,6%), tandis que le taux de croissance des crédits à l’équipement peine à revenir en territoire positiv malgré une amélioration relative : -2,6% à fin juin 2022, contre – 5,2% à fin décembre 2021 .

Dans un autre registre, la croissance des crédits à l’habitat s’est limitée à +2,5% à fin juin 2022 (vs. +2,6% à fin décembre 2021), tandis que les banques semblent se rabattre en parallèle sur les crédits à la consommation : +3,2% à fin juin 2022, contre +2,5% à fin décembre 2021.

« Compte tenu de ces variations au S1-2022, nous anticipons trois principales tendances qui devraient être confirmées pour le secteur bancaire de cette année : une préférence pour les crédits à cycle court aux dépens des crédits à cycle long, motivés par les conséquences de l ‘inflation sur les perspectives économiques et le coût de refinancement, et un maintien probable de taux d’endettement à plus de 8% des encours bruts en 2022, du fait de l’augmentation des prêts couverts par du collatéral (crédits de crédits, crédits à la consommation.. .)».

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