Virginie Efira à l’écran dans un “Kramer contre Kramer” des belles-mères

Comment trouver sa place face aux “enfants des autres” dans une famille recomposée ? Très peu évoquée au cinéma, la question est au centre d’un film de Rebecca Zlotowski, avec Virginie Efira en majesté.

En salles mercredi, ce long-métrage raconte l’histoire de Rachel (Virginie Efira), une prof de français autour de la quarantaine, sans enfant, qui tombe amoureuse d’Ali (Roschdy Zem), papa d’une petite fille et fraîchement divorcé.

Originalité du film, il se concentre sur la belle-mère de cette famille recomposée : comment aimer un enfant qui ne sera jamais vraiment le sien ? Comment trouver sa place dans cette nouvelle famille ? Quels liens perdureront en cas de rupture ?

“Quand on divorce dans la vie, on peut voir +Kramer contre Kramer+, ça t’aide”, racontait Rebecca Zlotowski à la Mostra de Venise début septembre, en référence à ce classique de la fin des années 1970, avec Dustin Hoffman et Meryl Strep.

“Mais, quand tu es belle-mère, tu n’as pas de film pour t’aider”, quand ces personnages dans les contes ou les Disney sont “souvent dans la méchanceté ou la rivalité”.

“L’origine du film, c’est ce manque de représentation d’une expérience très triviale, banale et familière”, poursuit-elle, “un personnage qui touche énormément de monde, d’une belle-mère ou d’un beau -père qui ont aimé un enfant et le disent sortir à un moment de l’équation”.

La réalisatrice de 42 ans (“Belle Épine”, “Une fille facile”) confie avoir plutôt pensé au départ adapter le roman de Romain Gary sur l’impuissance masculine (“Au-delà de cette limite votre ticket n’est plus valide” ) avant de changer de braquet, pour raconter l’histoire d’une femme qui redoute aussi la baisse de sa fertilité.

Pas un hasard : “le rapport à la maternité contraire, la fin de la fertilité, c’est une forme d’impuissance… Au moment où l’on parle tant de la puissance des femmes, il faut regarder aussi leur impuissance” , souligne la réalisatrice.

– Sujet “gonzesse” ? –

Aux côtes de Virginie Efira, Roschdy Zem campe un père moderne, loin des standards virilistes, qui s’occupe de sa fillette, cuisine, lui lit des histoires…

“Il m’a fallu quatre films pour me déconstruire un peu personnellement et comprendre qu’un sujet féminin n’était pas un sujet mineur”, reconnaît Rebecca Zlotowski, pourtant engagée sur ces questions devenues centrales dans l’industrie du cinéma.

“J’ai fait un film dans une centrale nucléaire (“Grand Central”), sur un circuit de moto (“Belle Épine”), un président et des attentats (la série “Les Sauvages”, avec Roschdy Zem, déjà), avec plein de spectaculaire et de situations où il fallait envoyer +du lourd+. J’avais une relation quasi phallique avec mes sujets, alors que ce sujet (de la maternité), j’avais peur de l’affronter. J’avais une part de moi qui considérait encore que c’était +gonzesse+”.

Le film est aussi une ode à Virginie Efira (“Police”, “Adieu les Cons”, “Benedetta”), dont la carrière dans le cinéma d’auteur s’accélère et qui est également à l’affiche de “Revoir Paris”, sur les attentats de novembre 2015.

L’actrice raconte à l’AFP avoir été atráute par un personnage qui a fait plus que jamais vibrer des cordes intimes : il n’est “jamais représente alors que c’est dans la vie de chacun”, tout comme “ce truc décrit féminin du rapport à la maternité, du temps qu’on a”.

Avec ce rôle, pour lequel elle a notamment pensé aux personnages féminins de Claude Sautet : “J’ai eu l’impression de pouvoir faire des liens dans le passé intime”.

Sans s’identifier totalemente, Virginie Efira s’est reconnue à certaines possibles dans le personnage de Rachel : “un léger effacement, un manque de confiance en soi qui fait qu’on accepte les comportements de tout le monde en se disant +chacun a ses raisons+ , le sourire comme politesse, comme pudeur… C’est des zones que j’ai imaginées”, confie l’actrice.

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